Archives de catégorie : Annonces

2 Contrats doctoraux en Sociologie des Techniques au CETCOPRA-Paris 1

Le Centre d’étude des techniques, des connaissances et des pratiques de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne met au concours deux contrats doctoraux en sociologie des techniques, financés dans le cadre du PEPR O2R « Robotique organique ».

Les deux thèses s’inscrivent dans des projets de recherche interdisciplinaires portant sur les rapports entre techniques, corps, modélisation et évaluation. L’une porte sur une enquête sociologique autour du CYBATHLON et des technologies d’assistance, l’autre sur la conception d’un jumeau numérique en robotique souple. Les deux projets s’adressent à des étudiant·es de niveau M2 en sociologie, anthropologie, STS ou discipline voisine, intéressé·es par les sciences et techniques, les enquêtes qualitatives et les coopérations interdisciplinaires.

Les candidatures complètes sont à envoyer avant le 20 juillet par courriel à marco.saraceno@univ-paris1.fr et caroline.moricot@univ-paris1.fr. Le dossier doit comprendre un CV, une lettre de motivation et un chapitre du mémoire de master.

Journées d’étude du CETCOPRA et inter Réseaux Thématiques de l’Association Française de Sociologie

RT 23 « Travail, activité, technique » et RT41 « Corps, techniques et société »

3 et 4 décembre 2026

Généalogie de l’incarné.

Faire une socio-histoire du corps et des techniques ? Enjeux épistémologiques et méthodologiques.

Argumentaire

« Le sociologue, l’historien, je suis de ceux qui, entre ces deux noms, ne voient nul abîme. » (Marc Bloch, Revue historique, 1934, t 173, p. 4)

Rouvrir la réflexion méthodologique sur l’approche socio-historique ; telle est la proposition que nous aimerions faire ici. Nous suggérons pour cela de revenir sur le dialogue entre sociologie et histoire à partir d’objets qui ont marqué le croisement disciplinaire, et que nous rassemblons sous la catégorie de « l’incarné » : les corps et les objets matériels.

Dès les réflexions fondatrices de l’historien Marc Bloch (1886-1944) sur une « science des hommes » comparatiste, ancrée dans le présent, la question de la sensibilité et de la matérialité du fait social s’est révélée centrale. Inspiré de la sociologie durkheimienne, Bloch en retient l’importance des groupes sociaux et des représentations collectives. Il cherche néanmoins à dépasser deux des limites de son inspirateur : le dédain pour « la vie la plus intimement individuelle » et la tendance à rechercher des « lois » à partir de la forme « élémentaire » des phénomènes.

Après la seconde guerre mondiale, la sociologie a connu quant à elle une « seconde fondation » (Chapoulie, 1991), portée par des méthodes empiriques attentives aux logiques synchroniques. (Re)découvrant les apports de la sociologie compréhensive, puis des méthodes interactionnistes, elle s’est renouvelée en se détachant des ambitions plus anciennes de dégager les structures socio-anthropologiques des phénomènes. Inversant le cheminement, ce sont les sociologues – et certains anthropologues – qui reprirent langue avec les historiens. La reconnaissance du caractère profondément social des formes d’engagement individuel appelle en effet progressivement à regarder les manières situées d’agir comme étant le résultat de stratifications de sens dont il faut retracer la généalogie.

Ainsi la redécouverte progressive par la sociologie des travaux sur l’hexis corporelle de Norbert Elias ou encore des recherches sur les techniques de Marcel Mauss, s’est accompagnée de la rencontre d’un terrain déjà balisé par les historiens. Les continuateurs de l’école des Annales et en particulier Fernand Braudel (1967) avaient en effet ouvert cette voie en intégrant à l’histoire la « vie matérielle » comme problème scientifique à part entière, montrant la façon dont les objets quotidiens, les pratiques du corps et les techniques constituent des mondes de sens historiquement constitués. Les pratiques corporelles se sont ainsi imposées comme un champ majeur de rencontre entre historien sensible aux approches sociologiques et sociologues attentifs aux généalogies (Corbin, Courtine, Vigarello, 2005).

La journée-et-demi d’étude proposée ne vise donc pas à rouvrir la controverse terminologique sur le sens du label sociohistoire qui a traversé son émergence dans les travaux consacrés à l’État et aux politiques sociales au cours des années 2000 (Buton et Mariot, 2006 ; Noiriel, 2008).  Il s’agit plutôt de réfléchir aux rôles de l’attention grandissante accordée aux formes d’engagement situées et incarnées dans le renouvellement du dialogue entre histoire et sociologie. C’est donc à la croisée des objets d’étude des réseaux thématiques de l’Association Française de Sociologie consacrés aux corps, aux techniques, au travail et à l’activité que nous reprenons l’hypothèse d’une socio-histoire afin d’en questionner les fondements épistémologiques, les méthodes et les savoir-faire.

Chercheur co-fondateur de ces deux réseaux de recherches, Thierry Pillon incarne particulièrement bien cette démarche socio-historique au carrefour du corps, de la technique et des engagements situés. Circulant entre les récits littéraires et les biographiques d’ouvrier.es (Pillon, 2012), les traités techniques et administratifs qui régissent les espaces de travail (Pillon, 2019), ainsi que la littérature médicale et physiologique du XIXe siècle (Pillon, 2007), ses travaux montrent comment la socio-histoire peut accéder à la matérialité incarnée des pratiques de travail par l’esquisse de leur genèse. La journée-et-demi d’étude dialoguera donc avec l’œuvre et avec son auteur, pour réfléchir à l’heuristique d’une généalogie de l’incarnée.

Nous invitons sociologues et historiens à réfléchir à partir de ces objets aux problèmes concrets de méthode qui structurent la démarche socio-historique : quelles sources historiques mobiliser pour expliquer l’émergence des faits sociaux contemporains ? Comment construire une histoire du temps long qui ne soit ni une quête des origines ni une simple contextualisation du présent ? Comment articuler l’étude des discours et celle des faits matériels ? Comment circuler entre domaines historiques différents sans perdre la cohérence analytique ? Les échanges viseront à explorer trois questions méthodologiques majeures. Plutôt que de prétendre définir une méthode générale de la socio-histoire, qui probablement n’existe pas, nous ouvrirons la réflexion à la pluralité des solutions empiriques mises en œuvre, avec plus ou moins de succès, pour aborder ces questions.

1.Construire une histoire à partir des séries : le particulier et le général

La socio-histoire s’intéresse principalement aux séries et aux cycles, permettant d’identifier des régularités qui transcendent l’anecdotique. Cette orientation a un coût : elle tend à délaisser les singularités et les particularités historiques. Privilégier la série, c’est risquer de laisser de côté ces moments de condensation où se nouent des configurations uniques, irréductibles aux régularités.

Cette question renvoie aux débats qui opposèrent Michel Foucault (1980) et certains historiens autour de sa méthode généalogique et que le philosophe avait résumée par la fameuse métaphore du nuage et de la poussière, s’affirmant comme quêteur depuis les nuages. Mais ce qui se noue ici c’est aussi cette question structurelle des sciences sociales, celle de la circulation entre le particulier et le général, et celle donc d’une science idiographique capable non seulement de décrire le particulier, mais également de l’expliquer par des relations de causalité (Weber, 2023). Comment transformer l’observation d’un fait contemporain particulier – une technique de travail, une pratique gestuelle, un discours – en un élément d’une série historique

? Comment maintenir l’intelligence des faits sans renoncer à la construction de régularités ? Faut-il abandonner les documents singuliers au profit de grandes séries construites à l’aide d’outils statistiques, ou peut-on concevoir une sérialité qui s’appuierait sur l’analyse fine de la matérialité historique — des gestes, des espaces de travail, des objets techniques ?

Les travaux contemporains sur l’histoire du corps au travail montrent que cette articulation est possible mais exigeante : les gestes singuliers décrits par une ouvrière ou un ouvrier (Pillon, 2012) s’inscrivent-ils – et comment en rendre compte ? – dans des transformations de sensibilités portées par la littérature, les arts, mais aussi la médecine et la politique ? La singularité d’une configuration spatiale révèle-t-elle les besoins organisationnels qui évoluent avec les techniques architecturales et les formes de management ? Ces objets obligent à penser la relation entre le cas et la série non comme une opposition, mais comme une tension à explorer empiriquement. C’est à ces explorations que nous inviterons les contributeur.ices des journées d’étude. Les contributions pourront présenter les enjeux méthodologiques et théoriques attachés à différentes typologies de séries. Comment présenter la généalogie d’un objet en évitant l’évolutionnisme technologique ? Comment mettre en série des images en conservant la spécificité du contexte iconographique de chaque période ?

2. Remonter les généalogies : quelles profondeurs historiques pour les faits contemporains ?

Un des gestes fondateurs d’une démarche socio-historique consisterait à identifier un problème social actuel, puis à remonter à ses origines historiques pour comprendre comment il s’est constitué. Ce mouvement engage une temporalité spécifique : la construction d’une histoire du temps long capable de rendre intelligible l’épaisseur historique des phénomènes présents.

Or, cette histoire du temps long, pour les socio-historiens du moins, demeure souvent limitée à la trajectoire de la société industrielle, et plus précisément aux XIXe et XXe siècles. Cette délimitation chronologique répond à une conviction : les problèmes contemporains trouvent leur source dans les ruptures de la « double révolution » de la fin du XVIIIe siècle qui a stimulée l’émergence des sciences sociales (Nisbet, 1984). Cette limite est-elle méthodologiquement assumée ou reste-t-elle un impensé ? La profondeur historique gagnée par la remontée généalogique ne s’arrête-t-elle pas parfois de façon arbitraire ou stratégique, dans les pratiques des sociologues qui pratiquent ces détours historiques ?

Inversement, faut-il systématiquement remonter aux « commencements » de la société industrielle pour éclairer les phénomènes présents, ou la pertinence de la profondeur historique varie-t-elle selon l’objet d’étude ? La socio-histoire ne retombe-t-elle pas parfois par cette démarche dans l’obsession des « formes élémentaires » ?  Plus généralement, comment

justifier empiriquement les limites temporelles de son enquête socio-historique ?

Les recherches actuelles montrent que les temporalités du temps long ne sont pas uniformes : l’histoire des techniques ne se déploie pas selon les mêmes rythmes que celle des représentations, ni l’histoire du travail comme activité selon ceux de l’évolution des formes d’organisation. La généalogie d’un phénomène social contemporain exige donc une attention fine à ces temporalités hétérogènes et à la façon dont elles s’articulent. Elle suppose aussi de distinguer entre les ruptures majeures et les continuités souterraines qui structurent les configurations historiques. Nous attendons donc des contributions qui interrogeront ces voyages dans le temps, et les modalités pratiques de leurs découpages, confrontations, ou adossements. En particulier, nous souhaitons inviter les contributrices et contributeurs à réfléchir à l’articulation entre la temporalité de la matérialité du social et celle des sensibilités. La question des espaces de travail est, de ce point de vue, particulièrement heuristique : reconstruire la généalogie des contextes matériels de production implique de recueillir des traces qui s’inscrivent dans des régimes de temporalité différents – histoire de l’architecture et des infrastructures, transformations des dispositifs techniques, mais aussi évolution des perceptions, des usages et des imaginaires attachés à ces environnements.

3.Mobiliser les sources : entre discours et matérialité des faits

L’examen des travaux des sociologues pratiquant une socio-histoire révèle une préférence marquée pour les sources imprimées[1] plutôt que pour les archives[2]. Ces sources sont en effet plus faciles à mettre en série. On peut par exemple constituer des corpus de manuels, de revues, et en analyser les contenus, avec les outils habituels de la sociologie, des analyses sémantiques, lexicométriques ou autres. Par ailleurs les sources imprimées rendent visible la cristallisation sociale d’un discours — la manière dont les idées et les représentations se sont institutionnalisées dans des contextes sociaux spécifiques.

Ce choix comporte un risque majeur : en délaissant les archives, la socio-histoire pourrait ne s’intéresser qu’aux discours, et ignorer les faits eux-mêmes. Or, l’archive est précisément ce qui révèle les hésitations, les contradictions, les non-dits de l’activité humaine — ce qui échappe au discours formalisé. Entre les sources imprimées qui cristallisent le discours, et les archives qui fragmentent la matérialité, comment construire une socio-histoire qui articule à la fois la structuration discursive des phénomènes et la matérialité des faits ? Cette question vaut tout particulièrement pour les « archives du corps » – dossiers médicaux et médico-légaux, protocoles d’expertise, films et photographies de gestes, traces biomécaniques ou ergonomiques – qui exigent de combiner lecture des énoncés, analyse des dispositifs d’enregistrement et attention aux situations d’observation.

Les recherches contemporaines montrent que la combinaison de sources hétérogènes — discours, documents imprimés, archives visuelles, traces matérielles — permet de rendre intelligibles les transformations factuelles que les imaginaires et les discours produisent. Si en effet il n’est pas possible de se limiter à étudier ce que disent les discours publics ou théoriques sur les techniques de travail ou les gestes professionnels par exemple, repérer les effets de ces discours dans des contextes pluriels, identifier les tentatives de les traduire en actions concrètes par des brevets ou des discours commerciaux permet d’accéder à une forme de matérialité historique de l’activité.

Cela signifie que la socio-histoire doit se permettre une certaine liberté de circulation entre sources aux statuts différents : elle peut tisser des connexions entre l’histoire du travail, celle de l’art, du cinéma, du design, de l’espace urbain, dès lors que ces connexions sont empiriquement justifiées par la continuité ou la parenté des phénomènes qu’elle entend éclairer. Mais cette liberté exige une vigilance méthodologique constante : elle doit pouvoir expliciter comment elle construit la pertinence de cette circulation entre domaines historiques.

Qu’en est-il, une fois encore, dans les pratiques de travail de sociologues qui se réclament de la socio-histoire ? Quelles méthodes mettent-ils ou elles en œuvre pour trouver leurs sources, constituer leurs corpus ? Où cherchent-ils ou elles et de quelle manière ? Comment opèrent-ils ou elles pour circuler entre les sources ?

Modalités

Le colloque se tiendra les 3 et 4 décembre 2026 à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Les propositions de communication sont attendues pour le 1er septembre 2026 et sont à envoyer aux adresses mail :

Valerie.Souffron@univ-paris1.fr

Marco.Saraceno@univ-paris1.fr

Les contributions attendues proposeront, à partir d’un matériau d’enquête précisément défini, une réflexion méthodologique sur le rôle de la démarche généalogique dans l’analyse contemporaine de la fabrication sociale des corps, des engagements techniques et des activités de travail.

Les propositions seront évaluées par le comité scientifique du colloque, composé des membres des bureaux des Réseaux Thématiques : « Travail, Activité, Technique » et « Corps, Techniques, Société » de l’Association Française de Sociologie.

Un retour aux auteurs sera fait pour le 15 septembre.


[1] Parmi les sources écrites, celles qui renvoient à la catégorie des « imprimés », notamment des journaux, brochures et autres textes, sont privilégiées par les chercheur.euses, probablement en raison de leur accès plus aisé. Cette tendance est accentuée par la numérisation opérée par les structures habituelles de la conservation des documents. Ajoutons que la période généralement considérée par les socio-historiens, comme nous venons de la voir (2), est aussi celle de la massification de l’impression de ce type de document, à partir du milieu du XIXe siècle.

[2] On entend par là la grande diversité de documents et objets pouvant être conservés, selon l’article L211-1 du Code du Patrimoine, soit : « L’ensemble des documents, quel que soit leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité. »

 JE “Enjeux et paradoxes de la captation numérique des pratiques manuelles”

– 30 mars – Programme et inscriptions

Nous avons le plaisir de vous faire parvenir le programme de la journée d’étude “Enjeux et paradoxes de la captation numérique des pratiques manuelles” qui se tiendra à la Sorbonne, salle Duroselle, le 30 mars prochain. Un plan d’accès est ajouté à la fin du programme, en pièce jointe.

Si vous souhaitez y prendre part, en présentiel, nous vous invitons à remplir le lien d’inscription ci-dessous afin de vous permettre l’accès au campus :

https://framaforms.org/formulaire-dinscription-1772999353

Programme


9h30–9h45 — Accueil

9h45–10h00 — Introduction

10h00–10h40 — Arnaud Kaba (LAVUE, Université Paris 8)
« Montrer sans montrer ? Performativité et transmissions des savoir-faire verriers sur internet »

10h40–11h20 — Marta Tonetta (Lab’URBA, UPEC) et Gianmarco Peterlongo (Università degli Studi di Milano)
The platformisation of craft work in Europe: insights from the ERC project Craftwork

11h20–11h40 — Pause

11h40–12h20 — Inés Moreno (CRH, EHESS)
« Aux sources des gestes porcelainiers : méthodes, cadrages, défis »

12h20–14h00 — Pause déjeuner

14h00–14h40 — Martine Cotten (PSMS, URCA)
Titre à venir

14h40–15h20 — Antoine Dain (PSMS, URCA)
« L’“inhumanité” numérique : représentations sociales des savoir-faire corporels et limites perçues à leur modélisation numérique »

15h20–15h40 — Pause

15h40–17h00 — Table ronde
« Expérimentations techniques et méthodologiques », avec :

  • Sylvie Balestra, anthropologue et chorégraphe, autrice de l’Encyclopédie du geste ouvrier
  • Bruno Monpère, chargé de mission Numérique et Design appliqués à l’artisanat (CMA Occitanie), à l’origine d’un Répertoire numérique du geste artisanal
  • Rémi Brun, PDG de MocapLab, entreprise de motion capture
  • David Arnaud, chargé d’étude R&D au CERFAV, responsable du projet [G]host

17h00–17h30 — Conclusion

Appel à communications : Montrer la “réalité” des engagements corporels, affirmer et valoriser la manualité.

Enjeux et paradoxes de la captation numérique des pratiques manuelles

Au cours de la dernière décennie, la généralisation des dispositifs numériques de captation et d’enregistrement des mouvements ainsi que d’autres variables physiques a progressivement investi le champ des activités dites « manuelles », qu’elles soient artisanales, artistiques ou de loisir. La possibilité de conserver, de visualiser et de faire circuler des traces toujours plus diversifiées des gestes et des engagements corporels dans les processus opératoires, selon des modalités et des supports variés, transforme en profondeur les pratiques ainsi que leurs modes de valorisation sociale et économique. Cette transformation tient non seulement à l’augmentation exponentielle des capacités d’enregistrement (réduction des coûts et des tailles des capteurs et des caméras, diffusion de logiciels de motion capture ou d’édition vidéo grand public), mais aussi à la mutation des formes matérielles de la trace et des possibilités de la diffuser (vidéos sur Youtube ou d’autres plateformes, modélisation 3D, casque de réalité virtuelle…).
La captation numérique véhicule en effet l’idée d’un enregistrement qui ne se limiterait pas à produire une « copie » ou un « modèle », mais restituerait la réalité du geste dans ses dimensions à la fois les plus visibles et les plus imperceptibles. La possibilité d’associer plusieurs dimensions visuelles (courbes, diagrammes, représentations dynamiques…) et/ou d’observer un mouvement sous divers angles confère à ces représentations un statut « d’objectivité », dans le sens où elles n’imposent ni un angle d’observation unique sur le corps ni l’isolement d’une dimension particulière — qu’elle soit biomécanique, sensible, esthétique ou ergonomique (Saraceno, 2024). L’enregistrement numérique devient ainsi un vecteur privilégié de définition et d’appréciation de la « manualité » et de la « corporéité » d’une activité donnée, donnant l’illusion qu’il existerait une réalité intrinsèque, une essence de celle-ci qui la différencierait d’autres pratiques. Ce processus tend à occulter le fait que la manualité d’un métier, d’un savoir-faire ou d’une pratique n’a que peu à voir avec l’usage concret des mains ou même du corps, mais est une construction historiquement et culturellement située (Crawford, 2010 ; Sennett, 2010), indissociable des contextes sociaux qui l’informent et la transforment et auxquels les dispositifs numériques contribuent activement. Ainsi, il convient de désessentialiser les activités « manuelles » pour saisir comment les technologies numériques, au sens large, peuvent affecter les savoir-faire mobilisables ou l’engagement corporel attendu dans ces activités (Gaborieau, 2012).
L’hypothèse ici défendue est que la (dé)monstration de la corporéité (Rosental, 2019) engagée dans une pratique constitue un élément central des reconfigurations contemporaines du rapport social et économique aux activités manuelles. Par « démonstration », nous entendons à la fois l’acte de montrer (rendre visible) et l’acte de prouver (établir une légitimité). Le regain d’intérêt de membres des classes supérieures pour le travail artisanal (Dain, 2024 ; Ocejo, 2017 ; Perrenoud, 2008 ; Dain, 2024), la valorisation économique du singulier et du « fait main » (Jourdain, 2014, voir notamment p. 245-276), l’exploitation touristique du patrimoine dit « immatériel » (Cominelli, 2020), l’émergence d’une économie de « l’enrichissement » reposant notamment sur la patrimonialisation (Boltanski et Esquerre, 2017) ou encore l’essor de pratiques manuelles de loisir (Zabban, 2021) sont autant de phénomènes qui s’inscrivent, d’une manière ou d’une autre, dans une logique de valorisation du sensible, de l’incarné et de l’authentique — dimensions auxquelles la corporéité fournit le support matériel et expressif. Cette valorisation n’est toutefois pas dénuée de tensions, de négociations et de rapports de force. La journée d’étude vise ainsi à interroger les paradoxes, les opportunités et les enjeux politiques de la captation numérique des pratiques manuelles : comment les technologies numériques contribuent-elles simultanément à valoriser, transformer, standardiser et parfois déposséder les praticiens de la maîtrise de leur propre représentation ?
Cette journée entend explorer la manière dont différents supports numériques (enregistrements, réseaux sociaux, plateformes …) peuvent contribuer à la mise en lumière du travail corporel, voire sa mise en scène, et ce faisant, à sa valorisation. Il s’agira plus particulièrement d’interroger la manière dont les solutions pour capter, modéliser et visualiser le corps en activité (capteurs, caméras, logiciels de traitement et de modélisation, casques de réalité virtuelle, plateformes en ligne…) sont à la fois influencées par des instances de valorisation socio‑économique de la manualité (labélisations, institutions et programmes de patrimonialisation, marché de la formation), et contribuent à produire ces instances. En lien avec cette question, la journée visera également à interroger les conceptions du « bon » geste, du travail « bien fait » ou plus largement de « bons » usages du corps qui sous-tendent ces captations ou sont véhiculées par ces représentations du corps en activité. Il s’agira aussi d’explorer les stratégies de réappropriation, de résistance ou de détournement critique que les praticiens mettent en place face à ces technologies.
Nous proposons d’aborder ce questionnement général à travers trois axes articulés selon différents niveaux d’analyse : du plus fin, centré sur les transformations à l’échelle de la formation des gestes et des processus opératoires ; au niveau intermédiaire, portant sur les rapports professionnels et les écologies de travail ; jusqu’à une perspective plus macrosociale, qui s’intéresse aux instances, aux circuits et aux régimes de valorisation socio-économique.
La manualité de la captation. Le premier axe pourrait partir d’un paradoxe : la mobilisation d’instruments numériques pour enregistrer et rendre visible le corps en activité est susceptible d’affecter le geste qu’on entend capter, par la simple introduction d’un « observateur virtuel » (Buob, 2017). Plus largement, captation et représentation numériques pourraient entraîner un réagencement global des chaînes opératoires, modifiant en profondeur la place des gestes et des engagements corporels. À cet égard, les nouveaux dispositifs destinés à voir et à faire voir la présence du corps dans les activités manuelles — caméras de suivi de mouvement, capteurs inertiels, scanners 3D, ou encore outils de réalité augmentée — engendrent l’émergence de compétences techniques spécifiques chez les praticiens. Ces dispositifs supposent alors, paradoxalement, des formes d’engagement physique et gestuel inédites, souvent éloignées de celles qu’ils cherchent précisément à valoriser. Ainsi, l’artisan filmé dans son atelier ajuste ses gestes pour rester dans le champ de la caméra ; le bricoleur réalisant un tutoriel doit synchroniser son geste à sa parole et aux cadrages (Licoppe et Lindwall, 2025). Les solutions numériques impliquent également des réagencements spatiaux et temporels : les lieux de travail sont adaptés à la présence d’appareillages techniques, les séquences d’action sont fragmentées ou répétées pour être enregistrées, les rythmes corporels se transforment en réponse aux contraintes de la captation (Arnaud, Saraceno, 2025).

Les nouveaux métiers de la manualité captée. Dans la continuité de ce réagencement opératoire, il est également possible d’observer une transformation profonde des écologies professionnelles, touchant à la fois les métiers « manuels » et ceux des experts chargés de produire, stocker et diffuser les traces du corps au travail. La diffusion de ces technologies s’inscrit en effet dans une longue histoire de l’enregistrement graphique des gestes, sous-tendue par des objectifs de transmission, de documentation, d’exposition ou d’analyse. Au cours de cette histoire, des spécialistes de la restitution graphique du geste ont émergé (ethnographes, conservateurs de musés, vidéastes, photographes, dessinateurs techniques…), chacun étant susceptible de proposer un cadrage propre de l’expertise manuelle qu’il met en image ou en scène (Moreno, 2022) Les tutoriels vidéo produits par des artisans-créateurs de contenu, les jumeaux numériques conçus pour la formation industrielle, ou les données issues de capteurs prolongent cette histoire qui relie manuels techniques, muséologie et promotion industrielle ou commerciale (Nardone et Radkta, 2019 ; Sanna, 2025).​
Ces pratiques numériques de captation créent une fissure au sein même des métiers manuels, hiérarchisant les artisans selon leur capacité à médiatiser leur savoir-faire. Elles transforment surtout les rôles de ceux impliqués dans la documentation, interprétation et médiation du geste. Là où le conservateur du patrimoine exerçait traditionnellement une autorité sur la sélection et la valorisation des savoir-faire, le créateur de contenus — équipé d’outils de captation et de diffusion — redéfinit désormais les critères de ce qui est montré, archivé ou patrimonialisé. De nouvelles professions apparaissent — designers graphiques, ingénieurs en capture de mouvement, experts en visualisation ou médiateurs numériques — qui redistribuent les compétences et les hiérarchies au sein des écosystèmes professionnels de formation et de patrimonialisation, reléguant progressivement le conservateur institutionnel à négocier sa légitimité auprès de créateurs dotés d’une plus grande capacité de visibilité et d’influence (Ballarini et Delestage, 2023). Parallèlement, les acteurs numériques (plateformes, entreprises de logiciels…) imposent leurs formats, leurs algorithmes de recommandation, leurs critères de monétisation. Susceptibles d’affecter la diversité et la qualité des contenus produits (Berman et Katona, 2020), ces algorithmes deviennent de facto des « curateurs » invisibles de ce qui mérite d’être vu et valorisé.

Les valeurs de la manualité captée. La journée se propose enfin d’interroger les nouvelles hiérarchies morales et esthétiques que ces dispositifs engendrent dans la définition même de l’activité « manuelle ». L’exposition numérique de certaines dimensions de la « manualité » — ses variabilités, ses constantes, ses continuités — s’accompagne inévitablement de l’occultation ou de l’euphémisation d’autres aspects, moins visibles ou moins valorisables. Cette question du cadrage, constante dans l’histoire de l’enregistrement, se complexifie avec le numérique. Tout dispositif produit des effets de fixation et de standardisation, mais le numérique prétend, par sa granularité et sa flexibilité, atténuer ces contraintes, tout en imposant des formats et des traductions techniques demeurant souvent opaques, caractérisés par un fort effet de « boîte noire ».​
Cette opacité technique n’est pas neutre : elle redéfinit progressivement les critères selon lesquels on juge, valorise et hiérarchise les savoir-faire. En effet, la diffusion de ces instruments d’enregistrement déplace significativement les hiérarchies de valeurs entre patrimonialisation, conservation et innovation, instituant de nouveaux critères de légitimité du geste et d’authenticité du faire. Ces dispositifs se présentent comme outils de conservation de savoir-faire ancestraux, menacés par le vieillissement des praticiens qui les détiennent, mais ils produisent paradoxalement des enregistrements décontextualisés et formellement « désincarnés ». Au-delà des cadrages opérés, ce sont alors les contraintes techniques à la captation et la restitution de tout ce qui « fait » un geste qu’il convient alors d’interroger : les mouvements, mais aussi les ressentis, les ajustements du geste à la situation concrète, ses infimes variations dans la manière de tenir un outil, de contracter un muscle, d’appliquer une pression plus ou moins grande… autant de dimensions corporelles que les instruments techniques peuvent ne pas parvenir à capter ou à représenter. Simultanément, ces technologies particularisent une dimension performative ou expressive de la gestuelle, distincte de sa dimension strictement technico-productive, participant ainsi à la fixation et à la réinvention de la tradition.
Ces reconfigurations des valeurs et des représentations du geste trouvent par ailleurs un prolongement économique dans de nouveaux circuits marchands. Les dispositifs de traçabilité numérique — tels que la blockchain ou les QR codes — instaurent de nouveaux agencements marchands et systèmes de certification, associant la vente d’un artefact matériel à la mise en visibilité des savoir-faire qui l’ont produit. La médiation culturelle numérique, pour sa part, valorise les gestes anciens comme objets touristiques et culturels, parfois en tension avec les engagements corporels concrets et contemporains des praticiens (Moreno, 2022).
Finalement, cette journée vise à rassembler des recherches qui, sous des perspectives variées, interrogent l’articulation entre captation, corporéité et reconfiguration socio-économique des activités dites « manuelles ». Qu’il s’agisse de filmer des gestes artisanaux pour les mettre en scène sur les réseaux sociaux ou permettre leur apprentissage via des tutoriels, d’utiliser la capture de mouvement pour concevoir des outils de formation, d’exploiter la simulation 3D pour valoriser ou conserver des savoir-faire, ou de mobiliser des technologies numériques d’assistance dans les environnements de travail, il est question d’explorer comment l’élargissement technique des capacités de captation de l’engagement corporel au sein des processus de production s’articule aux transformations socio-économiques des pratiques manuelles. Ces transformations engagent de nouvelles modalités de mise en scène, de valorisation, de transmission, de circulation, d’évaluation et de commercialisation du corps en activité.

Showing the “reality” of bodily engagements, showcasing manual skills.
Issues and paradoxes of the digital capture of manual work

Over the past decade, the widespread use of digital devices for capturing and recording movement, as well as other physical variables, has progressively expanded into the field of so-called “manual” work, including craft, artistic, and leisure activities. The capacity to preserve, visualize, and share increasingly diverse traces of gestures and bodily engagements across various media and modalities is transforming these practices and their modes of social and economic valorization. This transformation stems not only from the exponential increase in recording capacities (smaller and less expensive sensors and cameras, consumer-grade motion capture software or video editing tools) but also from the changing material forms of what is captured and the possibilities for its dissemination (videos on YouTube or other platforms, 3D modeling, VR headsets, etc.).

Digital capture conveys the idea of a form of recording that does not merely produce a “copy” or a “model,” but renders the reality of a gesture in both its most visible and its most imperceptible dimensions. Thanks to the various options for visualizing this rendering (such as curves, diagrams or dynamic representations…) and/or for observing a movement from multiple angles, these representations appear to achieve a form of “objectivity”, in the sense that they impose neither a single angle of observation on the body nor the isolation of a particular dimension – whether biomechanical, sensory, aesthetic, or ergonomic (Saraceno, 2024). Digital recording thus emerges as a preferred means of assessing “manual” dexterity or physical skills, with the underlying assumption that a given gesture possesses an intrinsic essence, a core that distinguishes it from other forms of bodily engagement. The risk, then, is to obscure the fact that “manual” work is not simply the use of the hands or the body, but a historically and culturally situated construct (Crawford, 2010; Sennett, 2010), inseparable from the social contexts that shape and transform it and to which digital technologies actively contribute. It is therefore essential to avoid essentializing “manual” activities and to question how digital technologies, in a broad sense, affect the skills or the bodily engagements expected in a given activity (Gaborieau, 2012).

The hypothesis defended here is that the “demonstration” of corporality (Rosental, 2019) is a central element of how manual work is socially and economically valued today. By “demonstration,” we mean both the act of showing (making visible) and the act of proving (legitimizing). The renewed interest in craft work among members of the upper classes (Dain, 2024; Ocejo, 2017; Perrenoud, 2008), the economic valorization of unique, handcrafted items (Jourdain, 2014, esp. pp. 245–276), the touristic exploitation of so-called “intangible” heritage (Cominelli, 2020), the emergence of an economy of “enrichment” based in part on heritage creation (Boltanski and Esquerre, 2017), as well as the rise of manual leisure activities (Zabban, 2021), are various expressions of a broader logic of valorization supported by a reference to corporeality and bodily engagement. Yet this valorization is not devoid of tensions, negotiations, and power relations. The study day thus aims to explore the paradoxes, opportunities, and political stakes of digital capture of manual work: how do digital technologies simultaneously valorize, transform, standardize, and sometimes deprives practitioners of control over their own representation?

This study day seeks to explore how different digital media (recordings, social networks, platforms, etc.) allow showcasing or staging bodily engagements and, in doing so, contribute to their valorization. More specifically, the goal is to examine how tools for capturing, modeling, and visualizing the body in action (sensors, cameras, modeling software, VR headsets, online platforms…) are both influenced by socio-economic instances of valorization of manual work (labels, training programmes, heritage plans) and contribute to producing these instances. In relation to this issue, the study day will also address conceptions of the “right” gesture, “well-executed” work, or more broadly “proper” bodily uses that underlie such capture processes or are conveyed by these representations of the body in action. We will also examine strategies of reappropriation, resistance or repurposing that practitioners develop in response to these technologies.

We propose to address this broad question through three thematic axes articulated across different levels of analysis: the micro-level, focusing on transformations of gestures and operative processes; the intermediate level, concerning professional relations and work ecologies; and finally, the macro-social level, centered on the institutions, contexts, and mechanisms of social and economic valorization.

1) The “manual” dimension of capture
This first axis may begin with a paradox: the use of digital instruments to record and render the body in action may affect the very gesture intended to be captured, simply through the introduction of a “virtual observer” (Buob, 2017). More broadly, digital capture and representation can lead to a reorganization of operative chains, altering the sequences of gestures and bodily engagements as well as the way they are performed. Practitioners may also develop specific technical skills in relation to new devices designed to observe bodily engagements and make them visible, such as motion-tracking cameras, inertial sensors, 3D scanners or augmented-reality tools. Paradoxically, these devices may require new gestures and skills, often quite different from those they are intended to capture. Thus, the craftsperson filmed in their workshop adjusts their movements to remain within the camera frame, while the DIYer making a tutorial must synchronize gesture with speech and with camera framing (Licoppe and Lindwall, 2025). Digital technologies also entail spatial and temporal rearrangements: workspaces that allow the use of technical equipment, action sequences that are fragmented or repeated for recording purposes, or technical gestures that are adjusted to accommodate the constraints of capture (Arnaud, Saraceno, 2025).

2) The new professions capturing manual work
In continuity with this operative reconfiguration, professional ecologies may also be affected, including both “manual” trades and the experts responsible for producing, storing, and disseminating traces of the body at work. The diffusion of these technologies is part of a broader history of documenting gestures, rooted in objectives of transmission, conservation, exhibition, or analysis. Throughout this history, specialists in the graphic restitution of gesture have emerged (ethnographers, museum curators, videographers, photographers, technical illustrators…), each liable to frame the manual expertise they depict or stage in their own way (Moreno, 2022). Video tutorials created by craft content creators, digital twins designed for industrial training, or data generated by sensors all extend this history linking technical manuals, museology, and industrial or commercial promotion (Nardone and Radkta, 2019; Sanna, 2025).
These digital capture practices create divisions within manual trades, ranking practitioners according to their ability to mediate and showcase their skills. Furthermore, these practices reshape the roles of individuals responsible for documenting, interpreting or showcasing gestures. Whereas heritage curators traditionally determined the selection and valorization of skills, today’s content creators – equipped with capture and diffusion tools – now contribute to redefine what is shown, archived, or turned into heritage. New professions are emerging – graphic designers, motion-capture engineers, visualization specialists, digital mediators – redistributing competencies and hierarchies within the professional ecologies of training and heritage creation, gradually relegating institutional curators to negotiating their legitimacy with creators who wield greater visibility and influence (Ballarini and Delestage, 2023). In parallel, digital actors (platforms, software companies…) impose their formats, recommendation algorithms, and monetization criteria. These algorithms – liable to affect the diversity and quality of the content produced (Berman and Katona, 2020) – thus become invisible “curators” of what deserves to be seen and valued.

3) The values that underlie the capture of manual work
Finally, the study day aims to examine the new moral and aesthetic hierarchies that these devices generate in the very definition of “manual” activities. Rendering certain dimensions of “manuality” (its variabilities, constants, and continuities) through digital technologies inevitably makes other aspects less visible, downplayed or undervalued. This question of framing, long present in the history of recording, becomes more complex with digital technologies. Every device carries a risk of standardizing gestures, yet digital tools, thanks to their granularity and flexibility, are often presented as a way to mitigate these constraints. At the same time, they impose specific formats and technical translations that remain largely opaque, producing a strong “black box” effect.
This opacity is not neutral, as it can gradually redefine the criteria by which skills are evaluated, valued, and ranked. The dissemination and use of recording instruments can shift the hierarchies of value among heritage creation, preservation, and innovation, establishing new standards of legitimacy for gestures and authenticity. Although these devices are present as tools for conserving ancestral skills, they paradoxically produce decontextualized and formally “disembodied” recordings. Beyond framing effects, it is necessary to examine the technical constraints that shape the capture and representation of all that constitutes a gesture – including movements, sensations, situational adjustments, and subtle variations in how a tool is held, how a muscle is contracted, or how much pressure is applied – while also considering the ways in which technical instruments may fail to capture or represent these dimensions of bodily engagement. Simultaneously, these technologies isolate a performative or expressive dimension of gesture, distinct from its strictly technical and productive dimension, contributing to the fixation and reinvention of tradition.
The changing values and representations of gestures also have economic implications. Digital traceability systems—such as blockchain or QR codes—can shape new commercial practices, for example by certifying the skills involved in the production of an object in order to increase its value. Meanwhile, digital cultural mediation may assign value to traditional gestures as tourist and cultural objects – sometimes creating tension with the concrete, contemporary bodily engagements of practitioners. (Moreno, 2022).

Ultimately, this study day aims to bring together research that, from diverse perspectives, interrogates the articulation between capture, bodily engagement and the socio-economic reconfiguration of so-called “manual” activities. Whether filming craft gestures to stage them on social networks or to create instructional tutorials, using motion capture to design training tools, leveraging 3D simulation for conservation purposes, or using digital assistance technologies in work environments, the aim is to explore how improved capacities to capture the body at work intersect with the socio-economic transformations of manual activities, including their new forms of staging, valorization, transmission, evaluation, and commercialization.

Bibliographie
Arnaud D. et Saraceno M. (2025), « Qui regarde la traduction métrique du geste ? », Socio-anthropologie, n°51, p. 189-194.
Ballarini, M. et Delestage, C.-A. (2023), « Dissonance des objectifs dans la chaîne de production des œuvres patrimoniales en réalité virtuelle. Trouver le compromis entre transmission des savoirs et expériences émotionnelles », Réseaux, n°242, p. 163-202.
Berman, R., & Katona, Z. (2020), « Curation algorithms and filter bubbles in social networks », Marketing Science, vol. 39/2, p. 296-316.
Boltanski, L. et Esquerre, A. (2017), Enrichissement. Une critique de la marchandise, Paris, Gallimard.
Buob, B. (2017), « Ce que la caméra peut faire (dire) aux techniques : la médiation cinématographique et le destinataire (trouble) du geste », Images du travail, travail des images, n° 3.
Cominelli, F. (2020), « Patrimoine culturel immatériel : paradigmes économiques, débats et perspectives », dans J. Csergo, C. Hottin, et P. Schmit (dir.), Le patrimoine culturel immatériel au seuil des sciences sociales, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme
Crawford, M. B. (2010), Éloge du carburateur : essai sur le sens et la valeur du travail, Paris, La Découverte.
Dain, A. (2024), « Des professions dans l’ascenseur social ? Reconversions et requalifications dans l’artisanat », Sociologie du travail, vol. 66/3.
Gaborieau, D. (2012), « “Le nez dans le micro”. Répercussions du travail sous commande vocale dans les entrepôts de la grande distribution alimentaire », La nouvelle revue du travail, n°1.
Jourdain, A. (2014), Du cœur à l’ouvrage : Les artisans d’art en France, Paris, Belin.
Licoppe, C. et Lindwall, O. (2025), « Les tutoriels vidéo comme rencontre avec une “machine commentatrice”. Vers une approche interactionnelle des tutoriels de bricolage », Réseaux, n°252, p. 215-248.
Moreno, I. (2022), « Exposition et mise en visibilité des gestes techniques. Le cas du savoir-faire artisanal du marbre à Tinos », Ethnologie française, vol. 52/1, p. 37-50.
Ocejo, R. E. (2017), Masters of craft: Old jobs in the new urban economy, Princeton (NJ), Princeton University Press.
Perrenoud, M. (2008), « Les artisans de la “gentrification rurale” : trois manières d’être maçon dans les Hautes-Corbières », Sociétés contemporaines, n°71, p. 95-115.
Radtka C. et Nardone R. (2019), « Le cinématographe pour l’industrie et dans les entreprises (1890- 1990) », Cahiers d’histoire du Cnam, vol.12.
Rosental C. (2019), La société de démonstration, Vulaines-sur-Seine, éditions du Croquant.
Sanna (2025), « Les secrets dévoilés des verriers : savoirs, gestes et mesures dans les manuels techniques de verrerie du XIXe siècle », Socio-anthropologie, 51, p.37-54.
Saraceno M. (2024), « De l’usine intégrée au Jumeau Numérique : socio-histoire des prospectives françaises de l’industrie du futur (1980-2020) », Sociologie du travail, vol. 66/4
Sennett, R. (2010), Ce que sait la main : la culture de l’artisanat, Paris, Albin Michel.
Zabban, V. (2021), « Internet et l’honneur des tricoteuses : valorisation sociale et marchande d’une pratique féminine », dans O. Beraud Martin et É. Dagiral, Les liens sociaux numériques, p. 217-234, Paris, Armand Colin.

Post-doctorat 12 mois Sociologie des techniques

PEPR O2R

Socio-hisotire des brevets de prothèses du membre supérieur

RÉSUMÉ DE LA MISSION

Participer au Work Package  4 « Corporalité appareillée : usage, appropriation, évaluation » du projet REINVENT, par le biais d’une enquête socio-historique et iconographique portant sur l’évolution des critères d’évaluation utilisés dans les brevets de prothèses de membre supérieur, de 1914 à nos jours.

PRÉSENTATION DU PROJET REINVENT

Reinventing prosthetics (22-EXOD-0002) coordonnée par Nathanaël Jarrassé, directeur de recherche CNRS à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR – CNRS/Sorbonne Université). Projet Intégré n°1 (PI) du Programmes et Équipements Prioritaires de Recherche (PEPR) O2R Robotique Organique.

Le projet vise à repenser complètement la prothèse de membre supérieur, considérée comme une extension sensori-motrice ultime, en engageant une équipe interdisciplinaire (robotique, biomécanique, SHS…). Le projet part du constat que, malgré les avancées technologiques, le taux d’abandon des prothèses reste élevé car les solutions actuelles ne répondent pas suffisamment aux besoins et attentes des personnes amputées : les prothèses sont souvent lourdes, peu sensibles, peu contrôlables ou personnalisables, et difficiles à intégrer corporellement et socialement. L’objectif du projet REINVENT est de développer une prothèse de membre supérieur personnalisable, intuitive, agréable à porter, qui restitue des sensations et s’intègre mieux au corps et à la vie des utilisateurs, afin de réduire l’abandon. Pour cela, le projet adopte une approche globale : développement de mécatronique légère et souple, contrôle intuitif, perception sensorielle riche, et prise en compte permanente des dimensions psychologiques et sociales en lien avec les SHS.

Une particularité forte du projet est l’implication continue des usagers amputés (experts d’usage) dans la recherche, jusqu’à la co-conception et la formation.

Work package 4 Corporalité appareillée : usage, appropriation, évaluation 

Le work-package a une fonction centrale dans le projet; celle de la mise en situation des développements technologiques dans un contexte humain, social et culturel, en relation avec des usagers en situation de handicap, et sous l’angle du jugement de valeur (appréciation, évaluation) à la fois influencé et influent. Les objectifs sont donc multiples. D’abord identifier et analyser les imaginaires, histoires et normes pour aider la conception et déconstruire certaines projections. Ensuite, étudier les usages, vécus et limites afin de cerner les attentes et besoins des usagers, pour enfin pouvoir tenter de répondre à la question de comment réinventer. La question de l’évaluation de la performance, centrale dans le projet, sera étudiée sous plusieurs angles, à la fois de façon générale en lien avec la question de la valeur,  mais aussi de façon quantitative et clinique. 

Un des objectifs du WP4 sera aussi d’évaluer, à la lueur des SHS, la pertinence des modèles et cahiers des charges technologiques des autres WP en vue de les affiner et les améliorer.

MISSIONS ET ACTIVITÉS

Missions du poste

Dans le cadre du projet REINVENT, le/la post‑doctorant·e sera chargé·e de conduire une recherche sur l’évolution des discours et des méthodes d’évaluation de l’efficacité des prothèses, ainsi que sur les représentations socio‑techniques de l’innovation dans ce domaine. Cette mission s’articulera autour de deux axes principaux :

  1. Collecte et analyse de brevets depuis 1914


Le/la candidat·e devra constituer un corpus représentatif de brevets de prothèses de membre inférieur, en le collectant à la fois dans des archives et dans des bases de données francophones et anglophones. L’objectif sera de construire une base indexée et organisée selon plusieurs familles de variables, permettant une analyse croisée des dimensions techniques, rhétoriques et visuelles de l’innovation.

Ces variables incluront par exemple :

  • des indicateurs techniques (matériaux employés, mécanismes articulatoires, solutions biomécaniques, revendications d’innovation) ;
  • des critères d’évaluation et de validation métrologique (tests de résistance, mesure de performance, protocoles expérimentaux, test cliniques, normes mobilisées) ;
  • des éléments discursifs et rhétoriques (lexique employé dans les brevets, registres de légitimation scientifique, médicale, industrielle ou militaire, références explicites aux usagers) ;
  • des composantes iconographiques et visuelles (types de schémas, modes de représentation du corps, évolution des conventions graphiques de la planche technique au rendu numérique) ;
  • des dimensions socio‑historiques (contexte de dépôt — guerre, reconstruction, développement industriel ou sportif —, origine géographique, nature des institutions impliquées).
  • des variables économiques (stratégies commerciales et de marché, brevets en lien avec des innovations à fort potentiel économique, modes de valorisation et exploitation industrielle)

L’analyse de ce corpus visera à faire émerger, dans la longue durée (1914 à nos jours), les méthodes rhétoriques, techniques, métrologiques et visuelles mobilisées pour la validation de l’innovation, en mettant en évidence leurs continuités, ruptures et reconfigurations.

  • Sélection et commentaire d’images et représentations graphiques de l’efficacité prothétique

À partir de la base de données constituée, le/la post‑doctorant·e procédera à une sélection raisonnée d’images et de représentations graphiques issues des brevets. L’objectif sera ici de dégager une typologie des iconographies de l’efficacité prothétique et d’analyser leur rôle dans la diffusion et la légitimation de l’innovation.

Plusieurs livrables sont attendus dans ce cadre :

  • un catalogue commenté d’images, mettant en relation les dimensions techniques, et imaginaires ;
  • la conception d’une exposition (virtuelle ou physique), illustrant l’histoire de l’innovation prothétique à travers ses représentations graphiques ;
  • la production d’analyses originales sur la place du geste, du corps et de l’expérience vécue dans l’histoire des prothèses, à partir des matériaux iconographiques étudiés.

Positionnement et encadrement

La/le titulaire du contrat post-doctoral sera rattaché.e au laboratoire CETCOPRA de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et travaillera en collaboration avec Marco Saraceno, responsable scientifique du laboratoire pour le projet REINVENT.

Activités principales

  • Concevoir un dispositif d’enquête adapté aux objectifs scientifiques
  • Contribuer à une réflexion interdisciplinaire sur le rôle de l’innovation technique dans les pratiques corporelles
  • Organiser des manifestations scientifiques interdisciplinaires.
  • Participer à la diffusion des résultats à l’intérieur des différentes communautés scientifiques (articles, communications) et auprès des publics intéressés par les innovations étudiées, sous forme de rapports, interventions, enrichissement de site web ;

PROFIL RECHERCHÉ

La candidate ou le candidat doit être titulaire : d’un doctorat en sociologie ou histoire des techniques ou dans un domaine connexe avec une expertise approfondie dans l’étude des rapports entre corps et innovations technologiques.

Compétences et aptitudes professionnelles requises

Connaissances :

  • Méthodes d’enquête socio-historique
  • Sociologie et histoire des techniques et de l’innovation (une connaissance spécifique des techniques prothétiques ou plus généralement de la robotique d’assistance sera un atout supplémentaire)
  • Sociologie et histoire du corps et des savoirs sur le corps (une connaissance spécifique des savoirs biomécaniques sera un atout supplémentaire)
  • Sociologie et histoire du handicap

Savoir-faire :

  • Maîtrise des méthodes de recherche en archives.
  • Pratique des méthodes de recherche dans les bases de données.
  • Techniques de recherche documentaire, élaboration de fiches bibliographiques et de synthèse.
  • Conception et mise en œuvre de dispositifs techniques de recueil, de traitement, d’analyse et d’exposition des données.
  • Valorisation des résultats scientifiques, avec une expérience en conception d’expositions considérée comme un atout.
  • Excellentes facilités rédactionnelles en communication scientifique.
  • Compétences en gestion de projet

Savoir-être :

  • Rigueur, autonomie, sens de l’initiative et de l’organisation ;
  • Qualité d’analyse, de synthèse et d’expression, écrite et orale.
  • Esprit d’innovation dans les méthodes de valorisation.
  • Capacité à travailler dans un milieu interdisciplinaire
  • Capacités de communication et médiation

Outils spécifiques à l’activité

  • Bases de données et archives professionnelles : utilisation avancée de plateformes telles que Espacenet, Google Patents, INPI.
  • Logiciels de gestion bibliographique et documentaire  (Zotero, EndNote, Mendeley..)
  • Logiciels d’analyse qualitative (NVivo, ATLAS.ti, MAXQDA)
  • La connaissance d’Outils de traitement d’images et d’iconographie (Adobe Photoshop, GIMP, Inkscape) sera un atout supplémentaire
  • La connaissance d’outils de conception et valorisation scientifique et de logiciels de création d’expositions virtuelles (Genially, ArtSteps) sera un atout supplémentaire

Formation et expérience

  •  Doctorat
  •  Expérience des enquêtes socio-historique s(une expérience de recherche sur les brevets sera un atout supplémentaire) 

Dépôt de candidatures et informations : 

  • CDD de 12 mois à partir de Janvier 2026
  • Les candidats doivent avoir soutenu leur thèse au plus tard en décembre 2025
  • Salaire : entre 2500 et 3000 euros brut par mois selon l’expérience et l’échelon associé + 50% de prise en charge du titre de transport.

            1500 euros seront alloués au contrat pour frais de mission et achat de matériels.

La procédure de recrutement comporte une sélection sur dossier suivie d’une audition des candidats au dossier retenu et elle sera réalisée par Marco Saraceno et Caroline Moricot, directrice du CETCOPRA et membre de la direction scientifique du PEPR.

Pour proposer votre candidature, envoyez votre dossier complet (CV et lettre de motivation) par mail avant le 15 novembre à : marco.saraceno@univ-paris1.fr Pour toute question sur le poste : marco.saraceno@univ-paris1.fr

Appel à contributions pour la revue Pragmata

Les cultures de l’enquête dans les organisations.

Cet appel propose d’examiner la manière dont les organisations contemporaines – de la famille aux groupes d’habitants en passant par les entreprises, les institutions publiques, les associations, etc., mobilisent et développent des formes d’investigation. Pour décrire et analyser ces pratiques, il invite à interroger la fécondité de la notion pragmatiste d’enquête (Peirce, 1877 ; Dewey, 1938).

Il ne s’agit pas ici d’analyser les méthodologies d’enquête des chercheurs en sciences sociales, mais d’étudier les enquêtes menées par les acteurs. Par « cultures de l’enquête », nous désignons les ressources partagées au sein des organisations les plus variées pour identifier et traiter les situations problématiques qui orientent les pratiques concrètes d’investigation. Ces cultures de l’enquête englobent les savoirs et savoir-faire élaborés et transmis au sein de groupes professionnels ou de communautés de pratique, les méthodes institutionnalisées, les outils ou dispositifs mobilisés, les procédures formelles, les savoirs tacites, les bricolages informels et les contournements développés par les acteurs, les conceptions à l’œuvre de ce que constitue une « bonne enquête », mais aussi les ressources dans lesquelles ils puisent pour conduire leurs investigations. Celles-ci se donnent à voir dans les manières dont les personnes et les collectifs problématisent leur environnement et/ou leur activité, se demandent ce qu’elles souhaitent y promouvoir, y défendre ou y soigner, formulent des hypothèses, frayent des pistes et évaluent leur portée. Ces cultures étant nécessairement hétérogènes et conflictuelles, on pourra notamment se pencher sur leur genèse, leurs ressorts, leurs ancrages sensibles, comme leurs fragilités, leurs processus de mise à l’épreuve, comme leurs transformations et évaluations variées.

Le pragmatisme offre des appuis pour un tel travail, à travers en particulier la théorie de l’enquête développée par John Dewey. Pour ce dernier, l’enquête est un processus qui tend à transformer une situation confuse en une situation claire, organisée et organisante. Cette conception de l’enquête comme processus séquentiel, possiblement récursif et itératif – entre problématisation, hypothèses, expérimentation, reproblématisation – offre un cadre pour analyser les pratiques organisationnelles. L’enquête deweyenne n’y est pas simplement une méthode, mais un mode d’existence des collectifs confrontés à l’indétermination : « All inquiry proceeds within a cultural matrix which is ultimately determined by the nature of social relations » (Dewey, 1993 [1938], chapitre XXIV). Les enquêtes s’inscrivent ainsi dans des cultures organisationnelles, qui les rendent possibles tout en les contraignant aussi, souvent fortement.

Le paradoxe des enquêtes organisationnelles

De prime abord, l’application d’une grille de lecture pragmatiste aux contextes organisationnels contemporains suggère un constat contrasté. D’un côté, les organisations contemporaines multiplient les formes d’enquête : enquêtes parlementaires, audits de performance, évaluations d’impact, laboratoires d’innovation, consultations participatives, expérimentations, contre-expertises syndicales, investigations d’expert.es en santé et conditions de travail, enquêtes des services d’inspection, enquêtes imposées par la réglementation, etc. D’un autre côté, cette prolifération n’est pas nécessairement gage de qualité de l’enquête au sens pragmatiste. On assiste ainsi à des simulations de consultation dont les conclusions sont prédéterminées, des audits ou des expertises légitimant des décisions déjà prises, des expertises neutralisant les conflits sans explorer leurs causes, des investigations ne bénéficiant pas de la temporalité ni des moyens requis, ou ne portant pas à conséquence, etc.

Ce paradoxe pointe une tension constitutive de bien des organisations : elles ont besoin d’enquêter pour pouvoir s’adapter, répondre aux environnements qui les traversent, mais leurs contraintes hiérarchiques, leurs temporalités et leurs enjeux de légitimité tendent à instrumentaliser toute forme d’enquête, au point de leur faire perdre parfois tout contenu. L’inversion temporelle peut être révélatrice : les enquêtes organisationnelles peuvent être initiées avant même qu’un trouble ne soit partagé, ce qui nous éloigne du schéma deweyen où la situation problématique précède et motive l’enquête. L’approche pragmatiste peut ainsi permettre d’analyser ces dévoiements, sinon même ces pures et simples simulations d’enquête.

Les conditions politiques et institutionnelles de l’enquête

Ce diagnostic paradoxal amène à interroger les conditions qui rendent possible une véritable enquête. Une attention particulière pourra ainsi être portée aux enquêtes qui relèvent du simulacre, ou qui échouent ; et on prendra soin de distinguer celles qui échouent faute de méthode ou de moyens, de celles qui ne pouvaient structurellement pas aboutir ou n’y étaient pas destinées.

Si l’enquête est toujours politisée, cela amène à s’interroger sur ses commanditaires, mais aussi les potentiels contestataires de ses résultats, ou encore la façon dont les conflits d’intérêts structurent les possibilités d’enquêter en cadrant la légitimité des objets d’enquête ainsi que ses formes de forclusion. Quand l’externalisation opère comme une stratégie organisationnelle d’évitement des tensions internes, en déléguant les investigations sensibles à un tiers extérieur, comment ces marchés de l’enquête négocient-ils entre investigation authentique et pure légitimation ?

Les simulacres d’enquête peuvent recouvrir des tentatives de neutraliser la conflictualité en donnant une apparence de légitimité à des décisions contestées. Ces conditions s’inscrivent dans ce que Dewey appelle « an inalienable and ineradicable framework of conceptions which is not of our own making, but given to us ready-made by society » (Dewey, 1993 [1938], chapitre XXIV, citant Cornford). Que l’enquête, selon Dewey et Peirce, n’aboutisse pas à des vérités définitives, mais à des assertions toujours ouvertes à la révision, permet de comprendre qu’elle devienne un enjeu de pouvoir. Jusqu’où veut-on cultiver l’enquête et en assumer les conséquences ? Que fait-on du potentiel radicalement démocratique de l’enquête, qui suppose que l’enquêteur ou les communautés d’enquête cultivent a minima trois vertus épistémiques : ouverture d’esprit (effort pour se décaler de ses propres conceptions et a priori, prise en compte du plus large contexte possible), cohérence (systématicité et cumulativité des explorations) et responsabilité (prise en compte des conséquences de l’enquête, aussi contrariantes qu’elles soient) ?

Les transformations contemporaines de l’enquête

Les organisations, en particulier productives, sont aujourd’hui concernées par les transformations numériques et l’intelligence artificielle, qui constituent à la fois de nouvelles ressources pour l’enquête et de nouveaux cadres qui en transforment les modalités. On pourra ainsi s’interroger sur l’impact de ces outils sur la conduite d’enquêtes. Étendent-ils les capacités d’enquête des organisations ou sont-ils sources de nouvelles formes de confusion ? Comment transforment-ils les cultures professionnelles de l’enquête et les compétences requises pour enquêter ?

Si les organisations peuvent être considérées comme des publics (Dewey, 2010 [1927]) confrontés à des situations problématiques nécessitant des processus d’enquête pour être transformées, cette conception trouve un écho dans les recherches récentes sur l’expérimentation démocratique en contexte organisationnel. L’enquête collective ne se limite pas à l’agrégation d’enquêtes individuelles, mais constitue un processus émergent de construction de publics autour de problèmes partagés. La validation collective est alors essentielle : « An inquirer in a given special field appeals to the experiences of the community of his fellow workers for confirmation and correction of his results » (Dewey, 1993 [1938], chapitre XXIV). Cette logique de validation peut conduire à envisager l’organisation comme un processus continu de reconstruction face aux problèmes rencontrés. On pourra alors s’intéresser aux façons dont des publics, dans certains domaines comme la santé environnementale ou la transition agroécologique, développent leurs propres modes d’investigation lorsque les enquêtes institutionnelles ne répondent plus à leurs problèmes.

Enquêter sur les enquêtes

L’analyse de ces différentes manifestations de l’enquête – multiplicité de ses formes, instrumentalisation politique, délégation et formation de publics, impact des transformations numériques – converge vers la question de la réflexivité de l’enquête organisationnelle. Comment les organisations dont la mission même consiste à enquêter, enquêtent-elles sur leurs propres pratiques d’enquête ? Services de police, cabinets d’études, services vétérinaires, institutions scientifiques développent, et parfois instituent, des formes de réflexivité sur leurs méthodes d’investigation. Cette enquête sur l’enquête interroge les conditions de production des savoirs organisationnels dans une perspective pragmatiste centrée sur l’expérience : « every measure of policy put into operation is, logically, and should be actually, of the nature of an experiment » (Dewey, 1993 [1938], chapitre XXIV). Mais les organisations appliquent-elles vraiment cette logique expérimentale à leurs propres méthodes d’enquête ? Cette question soulève des enjeux épistémologiques et politiques considérables, selon l’exemple de la police des polices. Peut-on développer volontairement une culture de l’enquête au sein d’une organisation ? Qui sont les promoteurs de telles initiatives et quelles formes d’enquête cherchent-ils à instituer ?

A vos enquêtes !

Les contours des enquêtes à l’œuvre dans les organisations imposent ainsi aux sciences sociales un effort renouvelé pour étudier les ressorts et les empêchements des enquêtes, leurs processus et leurs dynamiques, leurs logiques et leurs ressources. Il ne suffit plus de constater la multiplication des dispositifs d’enquête dans les organisations. Il convient d’analyser finement leurs modalités de fonctionnement, leurs conditions de réussite et d’échec, leurs effets réels sur l’action collective et les formes de vie. De cette démarche, on peut aussi attendre un meilleur accompagnement des enquêtes en ce qu’elle peut permettre de doter les acteurs d’outils critiques efficaces pour distinguer les véritables processus d’investigation de leurs simulacres.

Les sciences sociales peuvent ainsi contribuer à renforcer les capacités réflexives des acteurs, à identifier les conditions favorisant des enquêtes authentiques et à dénoncer les instrumentalisations qui en dénaturent le sens.

Nous proposons, sans qu’ils soient exclusifs ni exhaustifs, quatre axes possibles d’exploration :

·      Le premier invite à examiner la genèse des enquêtes : quels sont leurs ancrages sensibles, leurs appuis pratiques ? Comment émergent, quand elles existent, des structures dédiées à l’enquête (laboratoires, cellules, pôles, etc.), quelles résistances hiérarchiques rencontrent-elles, comment se développent des conditions favorisant la transmission de savoir-faire ?

·      Le deuxième interroge la soutenabilité et les résultats des enquêtes : comment supporter l’incertitude et les surprises de l’enquête, faire avec les affects suscités par les échecs ou les déconvenues, maintenir l’investigation malgré les pressions exercées ? Comment distinguer échecs techniques, échecs structurels et simulacres imposés par les organes décisionnaires ? Comment les résultats des enquêtes sont-ils pris en charge ? Qu’en font les acteurs ? Les enquêtes sont-elles valorisées, cachées, publiées, etc. ? Que se passe-t-il lorsque les résultats sont surprenants ou tranchent relativement à d’autres enquêtes ?

·      Le troisième propose d’analyser l’impact des mutations technologiques sur les enquêtes : comment le numérique transforme-t-il les structures et modalités de l’enquête ? Modifie-t-il les circuits hiérarchiques et les procédures, redistribue-t-il les pouvoirs entre les services ? Le numérique ouvrant aussi bien des espaces de circulation, qu’équipant des dispositifs de contrôle, la question se pose des projets que nourrissent concrètement les capacités de calcul qu’il ouvre.

·      Enfin, le quatrième pourra explorer la réflexivité des enquêtes : comment les organisations spécialisées développent-elles des structures pour enquêter sur leurs propres pratiques ? Quels dispositifs de contrôle interne mettent-elles en place ? Jusqu’où cette réflexivité peut-elle aller sans paralyser l’action ? Police des polices, évaluation des laboratoires, audit des cabinets révèlent les défis des enquêtes internes, en même temps que sa centralité pour toute forme de vie démocratique.

Le comité éditorial sera attentif à l’ancrage empirique des travaux originaux proposés (ethnographies, monographies, études de cas, analyses documentaires, recherche-action, analyse de données quantitatives, ethno-comptabilité, etc.). Les terrains seront clairement délimités et contextualisés : organisations étudiées, période d’observation, méthodes mobilisées, matériaux empiriques, position des chercheurs et chercheuses. Le dialogue avec le pragmatisme montrera l’articulation entre les concepts théoriques et les pratiques examinées.

Conditions éditoriales :

·      Langue : française (des contributions en anglais pourront être acceptées, mais la publication finale se fera en français).

·      Nombre de signes : entre 30 000 et 60 000 signes, espaces compris ; chaque article doit être accompagné d’un résumé de 1000 signes.

·      Format : fichier Word, police : Times New Roman 12

·      Références et bibliographie : voir les « instructions aux auteurs » et la « charte éditoriale » sur le site de la revue. https://revuepragmata.wordpress.com/wp-content/uploads/2018/09/pragmata-charte-editoriale-sept-2018.pdf

Calendrier :

·      Lancement de l’appel à contribution : 10 septembre 2025

·      Date limite d’envoi des textes à la rédaction : 15 mars 2026

·      Réponses aux auteur.es : 15 juin 2026

Les manuscrits seront envoyés à l’adresse suivante : pragmata.aep@gmail.com

Avec le titre du message sous la forme suivante : PRAGMATA-CO-NOM

Responsables éditoriaux du dossier :

·      Alexandra Bidet (Centre Maurice Halbwachs, CNRS-ENS-EHESS)

·      Manuel Boutet (Université Côte d’Azur, GREDEG)

·      Alvin Panjeta (UPEC, IAE Paris-Est, IRG)

Références indicatives :

Textes classiques

Addams, J. (2019). Démocratie et éthique sociale. Dijon, Éditions Raison et passions (trad. fr de Democracy and Social Ethics. New York: Macmillan, 1902).

Dewey, J. (2018). Démocratie et éducation. Paris, Armand Colin (trad. fr de Democracy and Education. New York: Macmillan, 1916).

Dewey, J. (2023). Nature humaine et conduite. Paris, Gallimard (trad. fr. de Human Nature and Conduct. New York: Henry Holt and Company, 1922).

Dewey, J. (2014). La quête de certitude. Paris, Gallimard (trad. fr. de The Quest for Certainty. New York: Minton, Balch & Company, 1929).

Dewey, J. (2010). L’art comme expérience. Paris, Gallimard, Folio essais (trad. fr. de Art as Experience. New York: Minton, Balch & Company, 1934).

Dewey, J. (1993). Logique. La théorie de l’enquête. Paris, PUF (trad. fr. de Logic: The theory of Inquiry, New York:Henry Holt and Company, 1938).

Dewey, J. (2010). Le Public et ses problèmes. Paris, Gallimard (trad. fr. de The Public and Its Problems, 1927).

Dewey, J. (2011). La formation des valeurs. Paris, La Découverte (trad. fr. de Theory of valuation et d’autres articles).

Follett, M. P. (2013 [1924]). Creative Experience, Mansfield: Martino Publishing.

James, W. (1907). Pragmatism: A New Name for Some Old Ways of Thinking. New York: Longmans, Green and Co.

Mead, G. H. (2006). L’esprit, le soi et la société. Paris, PUF, Le lien social (trad. fr. de Mind, Self, and Society. Chicago: University of Chicago Press, 1934).

Peirce, C. S. (1877). “The fixation of belief”, Popular Science Monthly, 12, 1-15.

Peirce, C. S. (1931-1958). Collected Papers of Charles Sanders Peirce (8 volumes). Cambridge: Harvard University Press.

Textes contemporains

Ansell, C. (2011). Pragmatist Democracy: Evolutionary Learning as Public Philosophy. Oxford: Oxford University Press.

Auray, N. (2017). L’alerte ou l’enquête. Une sociologie pragmatique du numérique. Paris, Presses des Mines.

Bessy, C. & Chateauraynaud, F. (2014). Experts et faussaires. Pour une sociologie de la perception. Paris, Éditions Pétra, coll. Pragmatismes (1995, Métailié).

Bidet, A. (2011). L’engagement dans le travail. Qu’est-ce que le vrai boulot ? Paris, PUF.

Bidet, A. (2022). « Enquêter sur ce qui vaut : une recherche coopérative inédite ? ». Dans Collectif Origens, Landivar, D. & Monnin, A. (2022), Le Protocole Coopair. Éditions Open Origens, Clermont-Ferrand.https://origensmedialab.files.wordpress.com/2022/07/livre_coopair-vf-1.pdf

Bidet, A. (2025). « L’expertise interactionnelle des malades de Lyme & co-infections : partager le savoir d’une défaillance de l’institution », Intellectica, 82, 1, 157-175.

Bidet, A. & Gayet-Viaud, C. (2023). « Figures et temporalités de l’engagement civique et militant. Nuit debout, place de la République, mars-mai 2016 ». Dans A. Bidet & C. Gayet-Viaud (dir.), L’engagement comme expérience. Paris, Editions de l’EHESS, Raisons pratiques, 31, 221-262.

Bidet, A., Boutet, M., Chave, F., Gayet-Viaud, C. & Le Méner, E. (2015). « Publicité, sollicitation, intervention. Pistes pour une étude pragmatiste de l’expérience citoyenne », SociologieS,

Bohman, J. (2004). “Realizing Deliberative Democracy as a Mode of Inquiry: Pragmatism, Social Facts, and Normative Theory”, Journal of Speculative Philosophy, 18, 1, 23-43.

Boltanski, L. (2012). Énigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes. Paris, Gallimard.

Boltanski, L. & Thévenot, L. (1991). De la justification. Les économies de la grandeur. Paris, Gallimard.

Boutet, M., (2008). « S’orienter dans les espaces sociaux en ligne. L’exemple d’un jeu », Sociologie du travail, 50, 4, 447-470.

Bowen, J. R., Dodier, N., Duyvendak, J. W. & Hardon, A. (Eds.) (2021). Pragmatic Inquiry. Critical Concepts for Social Sciences. London: Routledge.

Cefaï, D. (2007). Pourquoi se mobilise-t-on ? Les théories de l’action collective. Paris, La Découverte.

Cefaï, D. (2016). « Publics, problèmes publics, arènes publiques… Que nous apprend le pragmatisme ? », Questions de communication, 30, 25-64.

Cefaï, D. (dir.) (2021). Dossier « Figures du public : enquêter, expérimenter, éduquer », Pragmata, 4.

Cefaï, D. (dir.) (2022). Dossier « Démocratie et pragmatisme : mobilisations, expérience et citoyenneté », Pragmata, 5.

Cefaï, D. & Terzi, C. (dir.) (2012). L’expérience des problèmes publics. Paris, Éditions de l’EHESS, Raisons pratiques, 22.

Charpentier, A. (2023). Enquête sociale et formes de vie. Une lecture du naturalisme culturel de John Dewey. Thèse de doctorat, Paris, ENS.

Chateauraynaud, F.  & Torny, D. (1999). Les sombres précurseurs. Une sociologie pragmatique de l’alerte et du risque. Paris, Éditions de l’EHESS.

Chateauraynaud, F. (1997). « Vigilance et transformation. Présence corporelle et responsabilité dans la conduite des dispositifs techniques », Réseaux, 15, 85, 101-127.

Cohen, M. D., March, J. G., & Olsen, J. P. (1972). “A Garbage Can Model of Organizational Choice”, Administrative Science Quarterly, 17, 1, 1-25.

Dodier, N. & Barbot, J. (2016). « La force des dispositifs », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 71, 2, 421-450.

Elkjaer, B. (2004). “Organizational Learning: The ‘Third Way’”, Management Learning, 35, 4, 419-434.

Emirbayer, M. & Maynard, D. W. (2011). “Pragmatism and Ethnomethodology”, Qualitative Sociology, 34, 1, 221-261.

Follett, M. P. (1924). Creative Experience. New York: Longmans, Green and Co.

Girel, M. (2017), Sciences et territoires de l’ignorance. Paris, Quae, Sciences en questions.

Golden-Biddle, K. (2020). “Discovery as an abductive mechanism for reorienting habits within organizational change”, Academy of Management Journal, 63, 6, 1951-1975.

Hennion, A. (2009), « Réflexivités. L’activité de l’amateur », Réseaux, 153, 55-78.

Hildebrand, D. L. (2008). “Public administration as pragmatic, democratic and objective”, Public Administrative Review, 68, 222-229.

Joas, H. (1999). La créativité de l’agir. Paris, Cerf.

Joseph, I., (2007). L’athlète moral et l’enquêteur modeste. Paris, Economica, coll. Études sociologiques.

Karsenti, B. & Quéré, L. (dir.) (2004). La croyance et l’enquête. Paris, Éditions de l’EHESS, Raisons pratiques, 15.

Knorr Cetina, K. (1995). Epistemic Cultures. How the Sciences Make Knowledge. Cambridge: Harvard University Press.

Latour, B. (2007). Changer de société, refaire de la sociologie. Paris, La Découverte.

Lemieux, C. (2018). La sociologie pragmatique. Paris, La Découverte.

Lorino, P. (2020). Pragmatisme et étude des organisations. Paris, Economica.

Lorino, P. & Mourey, D. (2013). “The experience of time in the inter-organizing inquiry: A present thickened by dialog and situations”, Scandinavian Journal of Management, 29, 1, 48-62.

March, J. G. (1991). “Exploration and Exploitation in Organizational Learning”, Organization Science, 2, 1, 71-87.

Martela, F. (2015). “Fallible Inquiry with Ethical Ends-in-View: A Pragmatist Philosophy of Science for Organizational Research”, Organization Studies, 36, 4, 537-563.

Miettinen, R., Samra-Fredericks, D. & Yanow, D. (2009). “Re-Turn to Practice: An Introductory Essay”, Organization Studies, 30, 12, 1309-1327.

Nachi, M. (2006). Introduction à la sociologie pragmatique. Paris, Armand Colin.

Panjeta, A. (2022). Expérimenter la qualité à l’université. De la conformité aux normes techniques au potentiel des surprises bureaucratiques. Paris, L’Harmattan.

Quéré, L. & Terzi, C. (2015). « Pour une sociologie pragmatiste de l’expérience publique », SociologieS.

Rylander-Eklund, A., Navarro Aguiar, U. & Amacker, A. (2021). “Design thinking as sensemaking – Developing a pragmatist theory of practice to (re)introduce sensibility”, Journal of Product Innovation Management, 39, 1, 24-43.

Sauleau, Ch. (2020). Réduire l’aversion pour l’incertitude au procès pénal : approche stratégique et probabiliste du faisceau d’indices dans l’investigation criminelle. Thèse de doctorat, Besançon, Université de Franche-Comté.

Schön, D. A. (1992). The Reflective Practitioner. How Professionals Think in Action. London: Routledge.

Shields, P. M. (2003). “The Community of Inquiry: Classical Pragmatism and Public Administration”, Administration & Society, 35, 5, 510-538.

Simpson, B. (2009). “Pragmatism, Mead and the Practice Turn”, Organization Studies, 30, 12, 1329-1347.

Simpson, B. & den Hond, F. (2021). “The contemporary resonances of classical pragmatism for studying organization and organizing”, Organization Studies, 43, 1, 127-146.

Stavo-Debauge, J. (2012). « Des ‘événements’ difficiles à encaisser. Un pragmatisme pessimiste ». Dans D. Cefaï & C. Terzi (dir.), L’Expérience des problèmes publics. Paris, Éditions de l’EHESS, Raisons pratiques, 22, p. 191-223.

Tabouret, M. (2024). « Mise en place d’une expérimentation in situ. Ethnographie d’un groupe de travail sur les cépages résistants », Revue d’anthropologie des connaissances, 18, 4.

Thévenot, L. (2006), L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement. Paris, La Découverte.

Zask, J. (2004). « L’enquête sociale comme inter-objectivation ». Dans Karsenti, B. & Quéré, L. (dir.), La croyance et l’enquête. Paris, Éditions de l’EHESS, Raisons pratiques, 15, 141-163.

Zask, J. (2008). « Le public chez Dewey : une union sociale plurielle », Tracés, 15, 169-189.

Le nouveau Bureau du RT 23 2025-2027

Nous avons le plaisir de vous annoncer le renouvellement du bureau du réseau thématique 23 « Travail, Activité, Technique » de l’Association Française de sociologie. Ce nouveau bureau, composé à la fois d’anciens membres engagés et d’une équipe renouvelée, poursuit la mission de coordination et d’animation des activités scientifiques. Nous avons le plaisir de vous présenter ici les membres fraîchement élus qui rejoignent ce bureau pour apporter un nouvel élan et enrichir nos travaux collectifs.


Nous encourageons toutes les personnes intéressées à suivre nos prochaines communications et à participer activement aux activités du réseau.

Pour toute question ou proposition, vous pouvez contacter le bureau à l’adresse suivante : afs.rt23@gmail.com

Membre nouvellement élus

Wafae KHADDOUR

Je suis doctorante en troisième année à l’Université Gustave Eiffel et au LATTS sous la direction de Pascal Ughetto. Je réalise une thèse sur les enjeux de réussites étudiantes et leurs fondements et dynamiques organisationnels et professionnels. Plus concrètement, l’objectif est de comprendre de quelles manières les  acteur·rices, au sein de leurs situations de travail, négocient et font vivre les transformations liées à la réussite étudiante. J’inscris cette thèse dans un cadre théorique aux croisements de la sociologie de l’activité, des organisations et des groupes professionnels et des métiers. Je me réjouis de rejoindre le bureau du RT23 et de contribuer à sa vie scientifique ainsi qu’à l’organisation des prochains congrès.

Jeanne FILLONNEAU

Je suis doctorante en troisième année à l’Université Gustave Eiffel et au LATTS sous la direction de Pascal Ughetto et Sophie Bernard. Ma thèse, en cours de rédaction, s’inscrit au croisement de la sociologie de l’activité et des organisations. Elle porte sur l’activité de conception des espaces de travail en flex-office. J’enquête sur le travail des acteur·rices engagé·es dans les projets de réaménagement d’entreprises et les logiques qu’iels défendent. Je questionne la place que l’activité occupe dans les différents espaces des projets, notamment ceux consacrés à la conduite du changement et à la consultation des salarié·es. Je suis ravie de rejoindre le bureau du RT23 pour en animer la vie scientifique et participer à l’organisation des prochains congrès.

Charlotte GLINEL

Chargée de recherche en sociologie à l’INRAE, je suis rattachée au LISIS (Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations et Sociétés). Mes recherches portent sur l’industrialisation des écosystèmes productifs dans le cadre de l’écologisation des politiques publiques et sur les controverses que suscitent ces transformations. J’adopte pour cela une approche au croisement de la sociologie du travail, des techniques et de l’action publique environnementale, et développe dans ma thèse une sociologie politique du travail écologique. Les enquêtes que j’ai menées jusqu’aujourd’hui concernent principalement les milieux forestiers, en France et au Canada, suivant dans leur quotidien travailleurs de l’exploitation, gestionnaires forestiers, militants écologistes, hauts fonctionnaires. Je participe actuellement à une enquête de recherche-action portant sur le rapport des lycéens agricoles aux machines agricoles, je coanime le collectif Sens écologique(s) et je coordonne un numéro pour la revue Techniques et culture avec Pierre-Louis Choquet (IRD) et Emilio Frignati (EHESS, Université de Nanterre) qui place justement le travail, les activités, les techniques au cœur de la compréhension des écosystèmes forestiers.

Antonin CHERON

Après un parcours de licence et de master au sein de la faculté de sociologie de l’Université de Bordeaux, j’ai obtenu en 2022 un financement doctoral dans le cadre du projet ORGA-DEM. Je poursuis actuellement ma thèse au Centre Émile Durkheim (UMR 5116), sous la direction de Cécile Vigour et d’Alina Surubaru. Mes travaux portent sur les transformations des rapports au savoir et au travail dans l’industrie nucléaire contemporaine, à travers l’étude de dispositifs de formalisation des connaissances, allant des outils classiques de retour d’expérience aux projets plus récents mobilisant l’intelligence artificielle. La recherche articule une ethnographie des bureaux d’ingénierie nucléaire à l’analyse de dispositifs numériques de capitalisation, en explorant les recompositions de la mémoire industrielle, les agencements sociotechniques qui les dépendent, ainsi que les enjeux de maitrise du travail que cela impliquent.

Membres reconduits

Alexandra Bidet ; Vincent-Arnaud Chappe ; Caroline Datchary ; Camille Girard-Chanudet ; Benoit Giry ; Christian Licoppe ; Jorge Muñoz ; Thierry Pillon ; Gwenaële Rot ; Scarlett Salman ; Marco Saraceno ; Stéphanie Tillement ; François Vatin ; Jean-Marc Weller.

Anciens Membres

Annie Borzeix ; Jérôme Denis ; Yael Kreplak ; David Pontille ; Yves Schwartz ; Sylvaine Tuncer

“Mésaventures de l’algorithme bureaucratique”

Lancement dossier mineur du dernier numéro de la revue Multitudes

Mardi 3 Juin à la Librairie L’Atelier (75020) à 19h30. 

Au programme du lancement : présentation des auteurices et commentaire de Hubert Guillaud. 

La revue est disponible en librairie et les textes sont dès à présent disponibles textes en ligne :

L’art en mouvement au XXème siècle avec l’artiste Raymond Gosselin

Débat autour du livre Le poème mécanique de Raymond Gosselin, l’art en mouvement dans le second XXe siècle, de François Vatin, Gwenaële Rot.

Jeudi 27 mars de 9h à 10h30 à Sciences Po en salle K.011

Table ronde :

Antoine Dupuy, Chargé de mission au ministère de la Culture

Brigitte Fouilland, Cofondatrice de l’École Urbaine de Sciences Po et chercheure associée au Centre de sociologie des organisations 

Pierre-François Garcier, Galeriste

Audrey Jeanroy, Maître de conférences en histoire de l’art contemporain, Université de Tours

Gwenaële Rot, Professeure des universités en sociologie à Sciences Po, chercheure au Centre de sociologie des organisations (CSO/CNRS) et co-auteure de l’ouvrage, 

François Vatin, Professeur émérite de sociologie à l’Université de Nanterre et co-auteur de l’ouvrage.

Modération : Marie-Emmanuelle Chessel, directrice de recherche au Centre de sociologie des organisations (CSO/CNRS).

Post-doctorat 12 mois ; Sociologie et anthropologie du corps et des techniques

Conception et réception de simulations numériques de gestes experts

Projet :  ANR-21-CE10-0006 Me3dAx La simulation 3D du geste professionnel comme négociation axiologique sur le travail humain. Sociologie de la mesure de l’activité corporelle dans le contexte hyper-industriel. –

Coordonné par Marco Saraceno : CETCOPRA Université Paris 1 Panthéon Sorbonne et PSMS Université Reims-Champagne Ardenne

RÉSUMÉ DE LA MISSION

Participer au programme de recherche Me3dAx par une enquête ethnographique (entretiens, focus group) auprès d’artisans verriers et roboticiens.

PRÉSENTATION DU PROJET DE RECHERCHE Me3dAx

Le projet Me3dAx (https://me3dax.hypotheses.org) vise à étudier le processus socio-technique par lequel sont produites les simulations 3D des gestes professionnels. Il se propose notamment de saisir les différentes étapes qui permettent de capter et modéliser l’intervention du corps humain dans un cycle de production de la valeur. Dans cette perspective le projet s’intéressera aux façons par lesquelles les points de vue pluriels sur la « valeur » (sociale, culturelle, économique, professionnelle) du geste professionnel peuvent être inscrits numériquement. Cette recherche prend en effet départ de l’hypothèse que les mesures produites pour enregistrer et modéliser le geste technique traduisent, souvent de manière implicite, des points de vue axiologiques sur l’engagement corporel dans le travail humain. Dans cette perspective, Me3dAx se propose également de concevoir des outils organisationnels permettant de rendre explicite cette pluralité de jugements afin de remettre la question de la valeur du travail humain au cœur des projets techniques de simulation numérique. En adoptant une approche pragmatiste sur la mesure de l’activité corporelle, le projet Me3dAx mobilisera principalement des concepts issus de la sociologie et histoire des techniques ainsi que de la « nouvelle » sociologie économique. Le projet propose de mener à la fois une recherche historique sur l’évolution des mesures des engagements corporels dans les trois contextes, une ethnographie de laboratoire sur les pratiques concrètes de production de la simulation et une enquête sociologique sur les évaluations des gestes techniques internes aux différents groupes sociaux participant au cycle de production. En définitive, le projet Me3dAx entend décrire les choix techniques et sociaux par lesquels les sens multiples que l’on attribue à un engagement corporel sont traduits en un ensemble de mesures biomécaniques. Cette recherche souhaite ainsi produire des appuis théoriques et organisationnels pour la conception de programme de captation dans différents contextes de production.

MISSIONS ET ACTIVITÉS

Missions du poste

Dans le cadre du projet Me3dAx, le/la post-doctorant·e sera chargé·e de conduire une recherche approfondie sur les dimensions socio-techniques de la captation et de la modélisation des gestes professionnels. Cette mission s’articulera autour de deux axes principaux :

  1. Entretiens en allo-confrontation d’un avatar avec des verriers


Le/la candidat·e mènera des entretiens avec des verriers, en s’appuyant sur des dispositifs d’alloconfrontation mettant en dialogue les professionnels et les représentations numériques de leurs gestes (avatars). Cette démarche vise à explorer la perception des verriers sur la valeur de leurs gestes professionnels, ainsi qu’à examiner les écarts et correspondances entre leurs pratiques corporelles et leur traduction numérique.

  • État des lieux des usages des technologies de captation dans la robotique collaborative


Le/la post-doctorant·e réalisera une analyse détaillée des applications et des enjeux des technologies de captation dans le domaine de la robotique collaborative. Ce volet implique une cartographie des usages actuels, une analyse des pratiques en contexte industriel et un questionnement sur la manière dont ces technologies participent à la modélisation des gestes professionnels et à l’évaluation de leur « valeur ».

Positionnement et encadrement

La/le titulaire du contrat post-doctoral sera rattaché.e administrativement et affecté au laboratoire PSMS de l’université de Reims Champagne-Ardenne, mais son lieu de travail principal sera le laboratoire CERCOPRA de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et travaillera en collaboration avec le responsable du projet Me3dAx.

Activités principales

  • Concevoir un dispositif d’enquête adapté aux objectifs scientifiques et au contexte de la rééducation des personnes amputées
  • Contribuer à une réflexion interdisciplinaire sur le rôle de l’innovation technique dans les pratiques corporelles
  • Organiser des manifestations scientifiques interdisciplinaires.
  • Participer à la diffusion des résultats à l’intérieur des différentes communautés scientifiques (articles, communications) et auprès des publics intéressés par les innovations étudiées, sous forme de rapports, interventions, enrichissement de site web ;

PROFIL RECHERCHÉ

La candidate ou le candidat doit être titulaire : d’un doctorat en sociologie ou anthropologie des techniques ou dans un domaine connexe avec une expertise approfondie dans l’étude des rapports entre corps et innovations technologiques.

Compétences et aptitudes professionnelles requises

Connaissances :

  • Méthodes d’enquête ethnographiques (une connaissance de la méthode de l’auto/allo-confrontation sera un atout supplémentaire)
  • Sociologie des techniques et de l’innovation (une connaissance spécifique des techniques captation du mouvement et de modélisation de l’activité sera un atout supplémentaire)
  • Sociologie du corps et des savoirs sur le corps (une connaissance spécifique des savoirs biomécaniques sera un atout supplémentaire)

Savoir-faire :

• Concevoir et mettre en œuvre un dispositif d’enquête et d’étude de terrain ;

  • Méthodes de recherche documentaire : fiches bibliographiques et de synthèse
  • Méthodes d’entretien : élaboration d’un guide, conduite, transcription, exploitation ;
  • Concevoir et mettre en œuvre un dispositif technique de recueil, de traitement, d’analyse et d’exposition des données ;

• Valoriser des résultats ;

• Facilités rédactionnelles en communication scientifique

Savoir-être :

• Rigueur, autonomie, sens de l’initiative et de l’organisation ;

• Bonnes capacités relationnelles : interactions nombreuses à prévoir avec les différents cercles concernés par la recherche ;

• Qualité d’analyse, de synthèse et d’expression, écrite et orale.

Outils spécifiques à l’activité

• Outils de visualisation de données ;

  • Outils de recueil et d’exploitation d’entretiens.
  • Outils d’enregistrement vidéo

Formation et expérience

• Doctorat

• Expérience des enquêtes (une expérience de recherche en contexte technologique sera un atout supplémentaire) 

Conditions particulières d’exercice

• Déplacements ponctuels en toute la France

Dépôt de candidatures et informations : 

  • CDD de 12 mois à partir de mars 2025
  • Les candidats doivent avoir soutenu leur thèse au plus tard en février 2025
  • Salaire : environ 2500 euros brut par mois

La procédure de recrutement comporte une sélection sur dossier suivie d’une audition des candidats au dossier retenu et elle sera réalisée par les membres du projet.

Pour proposer votre candidature, envoyez votre dossier complet (CV et lettre de motivation) par mail avant le 28 février à : marco.saraceno@univ-paris1.fr Pour toute question sur le poste : marco.saraceno@univ-paris1.fr